L’écologie : un levier de croissance

"Nous démontrons notre capacité d’adaptation, de réaction afin d’avoir à travers nos choix et priorités une influence environnementale et économique." C’est en ces termes que le président du Comité de bassin, Claude Gaillard, a conclu le débat qui a entériné, en fin d’année dernière, l’adoption du programme d’action révisé de l’agence de l’eau pour les années 2016-2018. La déclinaison opérationnelle est désormais à l’ordre du jour. Marc Hoeltzel, directeur général de l’agence de l’eau Rhin-Meuse, met en lumière les priorités et les différentes opportunités d’accompagnement des maîtres d’ouvrage pour leurs investissements en faveur de l’amélioration de la qualité de l’eau.

Les modalités d’aides de l’agence de l’eau ont été révisées. Pourquoi ? Et quel signal souhaitez-vous passer à vos partenaires ?
MARC HOELTZEL (MH) : Constatant un ralentissement de l’investissement public en matière d’eau et d’assainissement il est apparu opportun de renforcer à la fois l’attractivité des conditions d’intervention de l’agence de l’eau et la lisibilité de nos priorités afin de répondre aux objectifs environnementaux qui nous sont assignés. Par ce biais, je souhaite faire mieux partager notre stratégie d’actions mais également démontrer que l’écologie peut être un levier de croissance et de soutien à l’économie locale.

L’agence de l’eau encourage une mobilisation collective des usagers de l’eau (collectivités, acteurs économiques) pour reconquérir la qualité de l’eau. De quelle manière cette mobilisation s’illustre-t-elle, et notamment avec les services de l’État ?
(MH) : La politique d’intervention de l’agence de l’eau est partenariale par essence. Cela vaut en premier lieu pour les autres financeurs de la politique de l’eau avec lesquels nous avons conclu des contrats cadres pour mutualiser nos moyens financiers sur nos priorités partagées. La politique partenariale vise aussi des collaborations avec des structures relais pour développer de l’ingénierie territoriale en appui de nos financements classiques. Avec les services de l’État, il est recherché la complémentarité avec l’action réglementaire, afin de faciliter les mises en conformité des maîtres d’ouvrage. Ainsi, les financements et les modes de coopération sont multiples. Cette souplesse vise à concentrer nos moyens financiers sur les projets significatifs pour l’amélioration de la qualité de l’eau ou le changement durable des pratiques. La valorisation des projets répondant aux attentes de multiples donneurs d’ordre est un moyen de mettre en valeur les partenariats.

L’agence de l’eau renforce à la fois l’attractivité de ses conditions d’intervention et donne plus de lisibilité à ses priorités afin que les investissements en faveur de la protection des ressources en eau et des milieux aquatiques se révèlent être un atout pour le développement des territoires et de l’économie locale. (photo N.Leblanc)

Sur les thématiques relevant de la responsabilité des collectivités, des cibles prioritaires ont été identifiées. Les collectivités concernées ont été informées. Qu’attendez-vous de cette sensibilisation individuelle ?
(MH) : Compte tenu de la complexité de la directive cadre sur l’eau, il n’est pas aisé pour un élu d’appréhender en quoi la contribution de sa collectivité est importante pour l’atteinte du bon état des eaux et au-delà le respect des obligations communautaires. Il m’est apparu important d’apporter cette explication aux collectivités concernées, tout en les informant des conditions d’aides majorées disponibles auprès de l’agence de l’eau. Cette double information doit permettre de faire émerger dans la durée les projets et les actions qui ont été recensées prioritaires pour la restauration de la qualité des eaux superficielles et souterraines. Au-delà des mécanismes d’intervention classiques de l’agence de l’eau, la démarche vise aussi à faire connaître d’autres modes d’intervention tels que l’appel à projets permettant d’agir de manière expérimentale sur des champs émergents, à l’instar de l’adaptation au changement climatique.

Certaines problématiques (comme la protection des captages d’eau potable) ont du mal à émerger. Quels moyens se donnent l’agence de l’eau pour accompagner les acteurs dans ce type de démarche ?
(MH) : La protection des bassins d’alimentation des captages d’eau potable est effectivement une tâche complexe. La forte proportion de captages dégradés fixe une obligation de résultat pour l’agence de l’eau. Dans le cadre de son 10ème programme d’action, des moyens sans précédent sont consacrés à cet objectif allant du financement d’animation à l’acquisition de matériel pour le changement durable de pratiques mais également un possible soutien à l’émergence de filières agricoles de proximité adaptées aux enjeux de protection des ressources en eau potable. L’agence de l’eau souhaite aussi mettre la collectivité distributrice au centre du dispositif même si les solutions à mettre en œuvre restent l’apanage des exploitants agricoles et que rien n’est possible sans le partenariat avec les organisations professionnelles agricoles. Pour cet enjeu majeur, l’agence de l’eau Rhin-Meuse a lancé un appel à projets qui a permis de dégager des pistes nouvelles qui seront expérimentées et valorisées.