État des lieux 2025 du bassin Rhin-Meuse : des progrès significatifs, des défis à relever

Des progrès accomplis à appréhender sur le temps long

Entre 2013 et 2025, l’état écologique des 641 masses d’eau de surface (cours d’eau ou plans d’eau) du bassin Rhin-Meuse est passé de 19 à 32 %. Cette progression illustre notamment l’impact des investissements soutenus financièrement par l’agence de l’eau Rhin-Meuse en matière de modernisation des systèmes d’assainissement, de réduction des pollutions domestiques et industrielles et de restauration des écosystèmes.

 Dans les faits, cela se traduit par la baisse depuis 40 ans des concentrations des polluants dits classiques avec notamment 95 % de la population du bassin Rhin-Meuse raccordés à un système d’assainissement.

Les efforts engagés pour restaurer la morphologie des cours d’eau portent également leurs fruits. L’évolution de l’indice « poissons » (passant de 25 à 15) indique que les peuplements piscicoles s’améliorent. Même évolution positive constatée pour l’indice « invertébrés ».
La progression globale observée pour cet état écologique est d’autant plus notable, sachant que si un seul des 31 paramètres constitutifs n’est pas au rendez-vous, la masse d’eau s’en trouve déclassée.

Des pressions encore trop fortes pour inverser les tendances

Du côté de l’état chimique des eaux de surface, fondé sur l’analyse de 54 paramètres, le pourcentage en six ans passe de 29 à 21 %. Cette évolution cache en réalité un effort accru de la surveillance notamment sur des polluants (HAP...) dits ubiquistes, c’est-à-dire présents partout à la fois.

Sans prise en compte de ces substances, pour lesquelles les leviers de la politique de l’eau sont limités (car liées à la combustion et se propageant via les retombées atmosphériques), le bon état chimique serait de 66 %.

Lorsque les industries modifient leur process, cela porte ses fruits. Par exemple, le remplacement des condenseurs en laiton de la centrale nucléaire de Cattenom (57) par du titane a permis de réduire fortement les concentrations de cuivre de la Moselle.

Les eaux souterraines montrent également des signes encourageants : 58 % des nappes sont désormais en bon état chimique contre 47 % en 2019. Des baisses de concentration en nitrates et pesticides sont observées particulièrement quand des plans d’action ambitieux associant collectivités, agriculteurs et acteurs locaux et mobilisant des changements profonds de production sur des surfaces importantes sont menés. C’est le cas pour la nappe d’Alsace avec le programme SENS 2027 où sont promues, en plus de la diminution des doses de pesticides, les cultures à bas niveau d’impact (légumineuses comme la luzerne, prairies, BIO…) ou le désherbage mécanique. C’est également le cas pour le bassin du Rupt de Mad (54,55) avec des milliers d’hectares remis en cultures nécessitant peu ou pas d’engrais azotés.

Toutefois, ces changements profonds des modes de production restent insuffisamment développés pour inverser les tendances : les pressions restent donc trop importantes pour atteindre partout le bon état des eaux.

Les pesticides demeurent une source de dégradation majeure et des tendances à la hausse pour les nitrates apparaissent pour 4 masses d’eau souterraine.

Des moyens financiers insuffisants pour renouveler les infrastructures

Comme évoqué, ces progrès reposent sur des investissements considérables et sur l’action conjuguée de tous les acteurs de l’eau. Sur le bassin Rhin-Meuse, chaque année, près de 2,3 milliards d’euros sont consacrés à des actions pour l’eau potable et la préservation de la qualité de l’eau dans l’environnement. Les aides publiques représentent environ 210 millions d’euros par an, dont les trois quarts sont apportés par l’agence de l’eau Rhin-Meuse.

 Malgré ces efforts, le renouvellement des infrastructures reste insuffisant : il manque au minimum 160 millions d’euros par an (4 Mds au niveau national) pour assurer le remplacement des infrastructures d’eau potable et d’assainissement, dont la valeur à neuf est estimée à 36 milliards d’euros.

Quantité d’eau : 1/3 du bassin Rhin-Meuse en fragilité

La disponibilité en eau constitue une nouvelle préoccupation identifiée depuis quelques années. Sur le bassin Rhin-Meuse, les débits d’étiage ont baissé globalement d’environ 10 % ces dernières décennies, avec des baisses pouvant atteindre 50 % dans le massif vosgien. Le changement climatique accroit l’impact des pressions humaines sur la qualité de l’eau et accentue les tensions : les températures augmentent, les épisodes de sécheresse se multiplient et les besoins en eau des cultures s’accroissent. L’état des lieux identifie désormais 4 nouvelles nappes susceptibles de ne pas atteindre le bon état quantitatif alors qu’auparavant seule la nappe des Grès du Trias inférieur (secteur vosgien) était identifiée en déséquilibre. Les aquifères alsaciens dont certains stratégiques doivent faire l’objet d’une vigilance renforcée (nappe d’Alsace, champ de fracture de Saverne, Sundgau et Jura alsacien), de même que les calcaires du Dogger versant Meuse.

Des défis persistants

Au-delà du risque de manque d’eau, d’autres enjeux sont toujours d’actualité. Les substances toxiques, nombreuses et variées (pesticides, PFAS, HAP, métaux...) restent la première cause de déclassement de la qualité de l'eau, les pesticides étant les plus répandus. La pollution par les nitrates demeure également significative  (43 % des eaux de surface et 74 % des eaux souterraines impactées).

Les PFAS, moins surveillés et encore mal connus, impactent actuellement une vingtaine de points de surveillance sur la base du seuil de l’eau potable.

Enfin, l’artificialisation des cours d’eau concerne près de 45 % d’entre eux.

Des solutions gagnant-gagnant

Face à ces constats, le Comité de bassin rappelle que des politiques d’intervention ciblées et adaptées et des solutions et initiatives ont été mises en œuvre depuis plusieurs décennies. Sans l’action collective des acteurs de l’eau, la situation serait bien plus critique. Ces efforts ont permis de stabiliser certains paramètres et d’en améliorer d’autres. Mais ils restent insuffisants face à la double exigence : atteindre les objectifs ambitieux de la Directive cadre sur l’eau et répondre à l’accélération des pressions, encore renforcées avec le changement climatique.

Pour relever ces défis, le Comité de bassin Rhin-Meuse appelle à intensifier les actions et mobiliser tous les leviers : incitations financières, réglementation, innovation et concertation territoriale.