Mobilisés face à l’isoproturon

La chambre régionale d’agriculture organise le 11 février prochain, à destination des conseillers grandes cultures, un séminaire sur les produits phytosanitaires et leurs transferts dans les eaux. C’est la 4ème étape d’un plan d’actions pour la protection de la qualité de la Moselle dans son environnement transfrontalier.

Des teneurs d’isoproturon supérieures à 0,1 µg/l ont été constatées à plusieurs reprises ces dernières années dans le Rhin en aval de l’embouchure de la Moselle (cf encadré).  Des investigations complémentaires ont permis de confirmer l’hypothèse qu’une partie importante des apports provient du bassin de la Moselle et de la Sarre en amont de la Rhénanie-Palatinat. Alertée de cette situation par l’administration française début 2015, la profession agricole lorraine a souhaité initier un plan d’action dynamique, pour diminuer la présence d’isoproturon dans les eaux de la Moselle.
Après la constitution d’un groupe de travail regroupant toutes les familles agricoles et une première communication collective pour limiter l’usage de l’isoproturon, ce séminaire constitue un nouveau temps fort de la démarche. Il a pour but de sensibiliser les conseillers agricoles, en contact avec les exploitants. Cette journée, en présence du président du groupe Experts Pesticides des Commissions internationales pour la protection de la Moselle et de la Sarre, permettra de partager les avancées de la recherche et du développement sur le transfert des produits phytosanitaires, puis dans une optique plus opérationnelle d’envisager de quelle manière orienter le conseil pour un changement de pratiques et proposer d’autres solutions.
Enfin la profession agricole Lorraine, via le Centre de Ressources Technologiques « Agricultures et Territoires » de la Chambre Régionale d’Agriculture, va initier un travail collaboratif entre les différentes délégations transfrontalières via un projet européen Interreg VA.

Présence de l’isoproturon dans le bassin Rhin-Meuse

L’agence de l’eau Rhin-Meuse a dressé un bilan quant à la présence de cette molécule. Elle fera état du suivi de la qualité des cours d’eau et des principales contaminations en début de séminaire.

L’isoproturon est un herbicide utilisé sur les cultures de céréales (blé tendre d’hiver, d’orge et de seigle d’hiver), plus particulièrement à l’automne.  Le plan de gestion des eaux du bassin Rhin-Meuse fixe un objectif de réduction de cette substance prioritaire de 30% des rejets d’ici 2021.

De 2011 à 2013, plus de 7 000 analyses ont été réalisées sur 403 points de prélèvement dans les cours d’eau du bassin Rhin-Meuse avec une détection dans plus de 20% des prélèvements, avec une fréquence de quantification en augmentation.
Des suivis journaliers ont été réalisés en Allemagne, dans le Rhin après la confluence avec la Moselle et dans la Moselle juste avant la confluence à Coblence. Les calculs réalisés montrent que la très grande majorité du flux observé dans le Rhin provient de la Moselle.

La stratégie française de surveillance et le mode de traitement des données ont conduit, sur le bassin Rhin-Meuse, au déclassement de 11 masses d’eau (tout ou partie d’un cours d’eau) sur la période 2008-2011. Le croisement des observations journalières réalisées en Allemagne et les milliers d’analyses mensuelles réalisées en France montre une très forte probabilité d’un déclassement d’une soixantaine de masses d’eau.