"Se promener sous l'eau comme un poisson fait comprendre bien des choses..."

A l’occasion de la journée mondiale des zones humides, Serge Dumont, chercheur et réalisateur, présente à l’agence de l’eau Rhin-Meuse lundi 27 janvier son film « Le fleuve invisible, un trésor sous la plaine du Rhin ». Nous l’avons interrogé sur son rapport aux zones humides. Point de vue.
Agence de l’eau Rhin-Meuse : Qu’évoquent pour vous les zones humides et quelle image particulière en avez-vous ?

Serge Dumont : Les points de vue sont nombreux quand les casquettes sont multiples, ou devrais-je dire blouse, masque de plongée ou caméra. La perspective que je préfère, est de loin subaquatique, elle donne à voir ce qui est habituellement caché, invisible pour tout un chacun, depuis la berge ou même les laboratoires. 
Au-delà de ce que nous devons aux zones humides et que les lecteurs de ces lignes connaissent bien, je porte sur ces milieux le regard curieux du scientifique, admiratif du naturaliste et tendre du poète contemplatif.
Mes incursions sont habituellement solitaires pour une approche douce et lente,  des moments de grande intensité, de concentration maximale et de délectation de l’instant vécu, une approche toute méditative et silencieuse, en particulier grâce au recycleur, un appareil respiratoire sans bulles qui permet une grande autonomie. Ce regard est aussi partagé, immortalisé par des caméras qui ne me quittent jamais, parler de biodiversité c’est bien, la montrer c’est mieux, on vous croit !
Il est pour moi fondamental d’expliquer pour convaincre, de partager pour rallier. Les mesures de restauration ne peuvent être acceptées que si elles sont comprises, elles seront même réclamées par les plus convaincus. Une démarche vers le grand public et les jeunes mais aussi les élus, les gestionnaires et les décideurs est indispensable.

Agence de l’eau Rhin-Meuse : Quel lien faites-vous entre ces zones humides et les milieux subaquatiques que vous filmez ?

Serge Dumont : Les milieux aquatiques, dès lors qu’ils n’excèdent pas six mètres, sont considérés comme des zones humides. Elles ont beaucoup perdu de leur superbe dans la plaine du Rhin avec la rectification du fleuve au 19ème siècle et la canalisation plus récemment. J’aime me mettre à l’eau, à petite ou grande profondeur, aller par-delà le miroir, me prendre pour un poisson, je comprends hélas bien vite que mon adaptation à ce milieu est très limitée et sous-tendue à un matériel lourd et encombrant qui me maintient en vie. La vélocité des poissons me fait envie, c’est le froid qui trop souvent commande la sortie de l’eau. Se promener sous l’eau comme un poisson fait comprendre bien des choses, en particulier l’importance des arbres immergés, ils structurent la rivière en diversifiant le milieu, ils créent une véritable dynamique génératrice de vie, ils sont des supports pour les invertébrés et des abris pour les poissons,
Je fais des “plaidoyers pour les arbres immergés” dans tous mes films. Ces arbres sont trop souvent sortis de l’eau, banalisant les milieux et laissant le champ libre aux cormorans et autres prédateurs.

 

Agence de l’eau Rhin-Meuse : Quel lieu conseilleriez-vous pour faire découvrir la richesse de ces zones humides ?

Serge Dumont : Ce ne sont pas les milieux les plus riches mais j’ai une tendresse particulière pour les rivières phréatiques, l’eau y est claire et fraiche et la vie singulière. Se promener en été le long de ces rivières est à la fois rafraîchissant et bucolique. Encore faut-il qu’il y ait de l’eau ! Ces milieux sont malheureusement menacés par des étés plus secs et l’irrigation intensive. J’ai collecté des images et des chroniques sur ces milieux au cours de nombreuses années et plongées.

Le fleuve invisible, le film

"Le 22 janvier 2015, pour vous dire que le moment est ancré dans ma mémoire, à mon réveil, un scénario apparut clairement dans mon esprit, un fil d’idées de suite couché sur le papier et envoyé à mon producteur, un projet qui mit 4 années supplémentaires pour se concrétiser. Le fleuve invisible était né."

Les eaux collectées par les Alpes, les Vosges et la Forêt-Noire s’écoulent vers la mer du Nord. Une partie chemine dans les ruisseaux et les rivières de surface, mais la plus grande masse d’eau s’écoule en sous-sol. C’est la nappe phréatique du Rhin : la plus grande réserve d’eau douce d’Europe. On peut apercevoir cette eau à de rares endroits, lorsqu’elle jaillit sous la pression du sous-sol, formant des rivières cristallines. Dans cette eau pure, une vie unique se développe.


Le fleuve invisible - Un trésor sous la plaine du Rhin
raconte l’histoire de cet écosystème phréatique où l’eau et la vie se frayent un chemin. Un trésor cependant menacé par les espèces invasives, comme le ragondin et le gobie de la Mer Noire, mais aussi l’agriculture intensive et l’irrigation qui assèchent les rivières.

Pour en savoir plus, et notamment sur les prochaines projections rendez-vous sur la page Facebook de Serge Dumont :
> https://www.facebook.com/serge.dumont.unistra