Crise sanitaire et épandage des boues d’épuration

Entre 170 000 et 320 000 tonnes de boues ne pourront pas être valorisées directement en agriculture. L’agence de l’eau Rhin-Meuse apporte une solution concrète aux producteurs.

C’est une des conséquences de la crise sanitaire. Certaines boues d’épuration ne peuvent plus être épandues en agriculture car elles ne présentent pas des garanties d’innocuité vis-à-vis du virus. Or, cette filière est prédominante sur le bassin Rhin-Meuse ; 86% des boues produites retournent au sol, via les filières agricoles. C’est pourquoi face à l’urgence, le Conseil d’administration a voté, lors de sa séance du 14 mai, une aide exceptionnelle de 6 millions d’euros en faveur des collectivités et des industriels impactés.

Epandage de boues sous conditions
C’est suite à l’avis de l’ANSES (Agence nationale de sécurité sanitaire de l’alimentation, de l’environnement et du travail) rendu le 2 avril 2020, afin d’évaluer le risque de propagation du SARS-COV-2 via la valorisation agronomique des boues d’épuration, que celle-ci a été suspendue pour les stations d’épuration urbaines ou industrielles recevant des effluents domestiques, potentiellement contaminés, à l’exception des filières dites « hygiénisantes ».
Sur le bassin Rhin-Meuse, environ 750 000 tonnes de boues brutes sont produites chaque année par les filières de collectivités et industrielles, dont environ 60% sont considérées comme « non hygiénisées », soit 430 000 tonnes environ.

Des capacités de stockage presque atteintes
Les premiers bilans réalisés par les services de l’agence de l’eau et de l’Etat estiment que ce sont entre 170 000 et 320 000 tonnes de boues pour lesquelles les producteurs doivent trouver des solutions d’évacuation soit par adaptation des filières existantes (ce qui peut être long en terme de délai), soit en sollicitant  une filière alternative. L’urgence est là puisque les capacités de stockage pourraient être saturées d’ici 2 à 3 mois ; l’essentiel de l’épandage de boues se faisant au printemps ou en été selon les départements.

Une aide forfaitaire par filière
Le Conseil d’administration déploie un accompagnement financier adapté en votant un taux d’aide de 50% basé sur les coûts de référence des filières alternatives pouvant être mobilisées : surchaulage de boues sur la filière existante, chaulage dans le silo in situ, déshydratation mobile et chaulage avant épandage, envoi de boues déshydratées sur une plate-forme de compostage avec épandage… Cette aide exceptionnelle vise à couvrir le surcoût d’exploitation.

Filières Aide forfaitaire
Surchaulage de boues sur la filière existante 4 €/t.MB
Chaulage dans le silo in situ 8,5 €/t.MB
Déshydratation mobile et chaulage + stockage sur une plate-forme
avant épandage direct
11,5 €/t.MB
Déshydratation mobile et envoi sur une plateforme de compostage avec épandage 14,5 €/t.MB
Envoi de boues liquides sur une autre station pour traitement et épandage ou compostage 27,5 €/t.MB
Envoi de boues déshydratées sur une plate-forme de compostage avec épandage 27,5 €/t.MB*
Incinération (1) ou enfouissement (2) de boues déshydratées (1) 75 €/t.MB*
(2) 55 €/t.MB*

Préparer l’avenir
Face à la saturation prévisible des filières alternatives, et à l’inflation des coûts pour les gestionnaires, le Conseil d’administration accompagnera également, jusqu’à 80% d’aides, les études liées à la recherche et au test de solutions techniques innovantes (pouvant le cas échéant inclure un équipement fixe) pour le traitement de boues non hygiénisées. Un nouveau protocole constituant une première nationale, est actuellement en test chez un industriel dans les Vosges. La solution consiste en l’ajout de lait de chaux dans le silo de stockage qui grâce à l’action d’un agitateur permet d‘augmenter le pH des boues et par conséquent leur hygiénisation. Les moyens demandés par l’ANSES pour l’hygiénisation ont été atteints. Il reste à valider le résultat dès le retour des analyses. Cette solution pourrait offrir un débouché économique et durable pour les collectivités.


POINTS DE REPERE

Quantité de boues brutes produites sur le bassin Rhin-Meuse

Données 2018 pour bassin Rhin-Meuse Collectivités Industriels Total Max.
Boues totales produites (t.MB) 462 140 289 393 751 534
Boues totales produites (t.MS) 79 412 49 202 128 615
Boues totales produites avec retour au sol (t.MB) 360 000 278 000 638 000
Boues totales produites avec retour au sol (t.MS) 61 000 45 000 106 000
Boues totales produites avec retour au sol et non hygiénisées* (t.MB) 145 000 - 205 000 231 000 436 000
Boues totales produites avec retour au sol et non hygiénisées* (t.MS) 13 000 - 31 000 34 000 65 000

t.MB : Tonnes de Matières Brutes
t.MS :
Tonnes de Matières Sèches

Source : Organisme Indépendant

Sur le bassin Rhin-Meuse, 750 000 tonnes de boues brutes sont produites chaque année par les filières de collectivités et industrielles produisant quotidiennement ou régulièrement des boues, dont 86% sont à destination finale des sols et dont environ 60% sont considérées comme "non hygiénisées" soit 430 000 tonnes.
L'étude des tonnages confirme que les boues produites par les collectivités du bassin Rhin-Meuse sont très majoritairement valorisées par un retour au sol.

Répartition des tonnages de boues brutes évacuées par les collectivités
(Base Organisme Indépendant 2018)
Destination des tonnages de boues brutes produites
par les collectivités et industriels du bassin Rhin-Meuse
(Base Organisme Indépendant des Producteurs de Boues 2018)