Le 6 décembre dernier, le Comité de bassin a adopté à l'unanimité l'état des lieux

Le Comité de bassin met le cap sur le futur plan de gestion des eaux des districts du Rhin et de la Meuse.

Etape fondamentale, l’état des lieux du bassin Rhin-Meuse livre de précieux enseignements sur la qualité des eaux, leurs sources de dégradation et les émissions de substances toxiques... Ces informations permettent aujourd’hui d’orienter à la fois la stratégie de reconquête (2022-2027) en cours d’actualisation et son déploiement opérationnel (priorités d’actions).


Ainsi ce sont 27% des cours d’eau du bassin Rhin-Meuse qui affichent un bon état écologique, soit un gain de 1 point par an. De nets progrès pour les rivières, grâce au ciblage des actions financées, ont été constatés depuis 30 ans sur les paramètres physicochimiques. Plus de la moitié des cours d’eau (55%) sont aujourd’hui au rendez-vous vis-à-vis des macropolluants (contre 49% en 2013). En parallèle, les experts ont identifié les facteurs limitant la dynamique d’amélioration : phosphore (surtout pour les cours d’eau en milieu rural), pesticides agricoles et pics de nitrates localisés sont pointés du doigt. Les conditions météorologiques défavorables de ces 3 dernières années (et qui risquent de perdurer) associées à des pratiques culturales en mutation (retournement de praires) n’offrent par exemple plus les conditions optimales au cycle naturel d’absorption de l’azote par les cultures.

Changement climatique comme trouble-fête
De manière plus globale, la multiplication des alertes liées au changement climatique est soulignée. Par exemple, en septembre 2019, les débits les plus bas jamais observés pour la Moselle à Uckange (57) illustrent très nettement l’impact du phénomène sur les disponibilités quantitatives des ressources en eau, et ce, même si une baisse des prélèvements est constatée. Les conséquences en découlant sont multiples : moindre dilution, fragilisation du fonctionnement des cours d’eau, remise en cause d’activités consommatrices d’eau …

 

Protection des captages, des résultats positifs
Pour les eaux souterraines (19 entités), l’état des lieux met en exergue que 9 d’entre elles sont en mauvais état qualitatif : généralisation des pollutions dues aux phytosanitaires ou dégradations plus localisées pour les nitrates sont les deux principales explications. Néanmoins, des signaux positifs sont relevés. En effet, à la suite du déploiement de programmes d’actions ciblés (la bonne action au bon endroit) sur les aires d’alimentation en eau des captages prioritaires, des baisses rapides et spectaculaires ont été constatées sur 56% des captages cibles, soit 2 fois plus que sur l’ensemble des autres captages. Ces résultats justifient la poursuite de cette dynamique  pour rattraper le retard.
Seule la nappe des Grès du Trias inférieur (secteur de Vittel) est toujours identifiée en déficit quantitatif. Mais les experts attirent l’attention sur d’autres secteurs où ils relèvent des  pressions  significatives  et notamment sur la nappe d’Alsace.

Substances toxiques, une problématique très vaste
Pour les substances toxiques (métaux, pesticides, HAP…), dont 69 ont été ciblées par la Directive cadre sur l’eau en vue de leur réduction, le bilan est en demi-teinte. Pour les substances dont la source est identifiée, des actions de réduction voire de suppression ont pu facilement être mises en place, c’est notamment le cas pour le zinc, cuivre, mercure d’origine industrielle. A contrario, quand les sources sont d’origine multiple et diffuse (agriculture, rejets de stations d’épuration, ruissellement des surfaces imperméabilisées…), les résultats ne sont pas au rendez-vous. Par ailleurs, pour certaines molécules notamment d’origine atmosphérique, les experts reconnaissent le manque de moyens d’intervention du fait de la difficulté à agir à la source des émissions.

« Ce bilan laisse à voir le chemin parcouru et illustre les efforts réalisés par l’ensemble des acteurs. Néanmoins, il est de notre responsabilité de garantir la transparence des résultats et d’interpeller sur les problématiques récurrentes ou émergentes qui sont aujourd’hui accentuées par les effets du changement climatique » a rappelé Claude Gaillard, président du Comité de bassin avant de soumettre le document au vote.