"Démultiplier les efforts et identifier des solutions innovantes"

L’agence de l’eau Rhin-Meuse est l’un des 5 signataires du protocole relatif à la réduction des rejets de chlorures  dans la Meurthe et la Moselle.
Marc Hoeltzel, directeur général, en explique les enjeux

Identifiée comme l’un des 10 défis territoriaux, la réduction des apports de chlorures dans la Meurthe et la Moselle est un enjeu historique du bassin Rhin-Meuse !
En effet, ce sujet est en débat depuis près de 40 ans dans les instances de bassin. Il constitue un conflit d’usage entre la production d’eau potable de collectivités situées le long de la Moselle dont Metz et l’activité de production de carbonate de calcium des soudières Humens et Solvay situées à Dombasle-sur-Meurthe et à Laneuveville-devant-Nancy (54). Les rejets, qui sont déjà encadrés, rendent néanmoins impossibles la production d’eau potable par prise d’eau directe dans les cours d’eau alors que le potentiel est important, environ 500 millions de m3 pour la nappe d’accompagnement de la Moselle et de la Meurthe.  Les teneurs élevées en chlorures créent aussi de la gêne au niveau de l’exploitation industrielle de certains sites, du fait de la corrosion induite par la salinité des eaux de process. Et dans un contexte de dérèglement climatique, cette situation pourrait s’aggraver dès lors que la capacité de dilution se restreindra encore.  
Rappelons également que cet enjeu de réduction des teneurs en chlorures n’est pas seulement une problématique franco-française. Nos partenaires riverains en particulier luxembourgeois souhaitent également pouvoir exploiter l’eau de la Moselle pour leur besoin propre. Des accords diplomatiques ont été nécessaires avec des garanties sur les niveaux de rejets en sortie de territoire français. Mais la pression de « faire mieux » est toujours présente, et s’exprime désormais aux Pays-Bas où les soudières contribuent à près de 25% des teneurs en sels du Rhin.
A ces différents chapitres est venue s’ajouter l’ambition portée par les plans de gestion des eaux successifs dont l’objectif récurrent est d’obtenir le bon état des eaux ; le respect des normes d’eau potable dans la nappe d’accompagnement de la Moselle et de la Meurthe étant ainsi un objectif communautaire de bon état des eaux de la Directive cadre sur l’eau.

Quel rôle le plan de gestion des eaux du bassin Rhin-Meuse a-t-il et va-t-il encore jouer pour la réussite de ce protocole ?
Le plan de gestion des eaux est un document guide qui fixe une ambition environnementale et définit les moyens (actions) pour y arriver. Il engage la responsabilité de la France puisqu’il met en application la Directive cadre européenne sur l’eau. La première rédaction du plan de gestion prenait déjà en compte la problématique des chlorures. Dans les années 2000, diverses études ont été conduites pour examiner comment déporter le rejet des chlorures, le traitement intégral à la source avait été jugé très rapidement rédhibitoire financièrement et techniquement. Lors du vote du plan de gestion pour les années 2015-2021, la solution de déport dans le Rhin (le calcoduc) a été abandonnée ; à l’issue, le plan de gestion ayant prescrit la réalisation d’études de recherche/développement par les soudières. Objectif qui n’a pas été réellement mis en œuvre par les industriels.
L’échéance communautaire de 2027 se rapprochant, il y avait un besoin impérieux à retrouver une dynamique qui fasse sens en termes de transition écologique et économique.
C’est pourquoi, le Comité de bassin qui porte la responsabilité de la rédaction du projet de plan de gestion des eaux 2022-2027 a souhaité que les investigations de recherche et développement soient poussées à leur terme, qu’une décision de traitement partiel ou total soit prise et que les données financières soient connues pour statuer. Ce protocole est la réponse opérationnelle pour respecter les engagements de bon état des eaux à l’échéance fatidique de 2027. Nous ne pouvons pas et ne devons pas manquer ce rendez-vous.

Quel regard portez-vous sur ce protocole ?
Il s’agit tout d’abord d’un protocole partenarial. Chaque signataire a un rôle à jouer pour qu’il soit possible de gagner collectivement. L’agence de l’eau Rhin-Meuse sera aux côtés des deux industriels pour les aider financièrement mais aussi rendre compte à l’ensemble des usagers de l’eau représentés au sein du Comité de bassin. La phase d’étude et de recherche-développement est l’occasion de passer en revue l’ensemble des dispositifs permettant de réduire les teneurs en sels des effluents rejetés. Elle permettra par ailleurs d’améliorer les conditions de dilution de ces effluents en fonction des périodes les plus critiques pour l’alimentation en eau potable ou  celles où la salinité naturelle de l’eau de la Moselle est signifiante.  Une des nouveautés peut être de ne pas raisonner le traitement des rejets salins sur 100% des flux rejetés en se calant au plus près des besoins liés aux usages (AEP, eau industrielle).
Je vois également dans cette démarche une opportunité pour les industriels et -dans le strict cadre de leurs responsabilités et du secret commercial- de revisiter des process de production, de convertir un champ de contrainte en opportunités innovantes en mixant peut-être des solutions hybrides.  Les investigations doivent désormais débuter rapidement car la mise en place d’un test pilote est attendu d’ici 2023 !

> Lire le communiqué de presse

OBJECTIFS ASSIGNES AU PROTOCOLE D"ACCORD DE REDUCTION DES CHLORURES DANS LA MEURTHE ET LA MOSELLE

  • Réduire les consommations en eau des entreprises au regard des évolutions climatiques qui induisent des périodes estivales de stress hydriques plus longues et plus intenses notamment
  • Améliorer la connaissance des rejets salins dans l’eau et leur transfert dans les nappes souterraines
  • Rechercher et développer des solutions de réduction des flux salins avec la mise en place d’un test pilote en 2023 et l’application d’une solution avant 2027
  • Mettre en œuvre les conditions financières et organisationnelles pour le déploiement des solutions techniques

ENGAGEMENTS DE CHAQUE SIGNATAIRE

Le Conseil Régional Grand Est et l’Agence de l’eau Rhin-Meuse mobiliseront

• Leurs compétences et expertises en ingénierie pour analyser la faisabilité et l’opportunité des projets,
• Leurs outils et programmes financiers,
• Leurs leviers de communication

L'État

• Mobilisera son expertise technique,
• Accompagnera réglementairement les industriels

Solvay et Novacarb mobiliseront

• Leur ingénierie dans l’évolution des process dans le strict cadre de leurs responsabilités et du secret, commercial,
• La part d’autofinancement inhérente au(x) projet(s) dans la mesure où elle est économiquement acceptable par chacune des soudières et intégrable dans les programmes de recherche et d’investissements



 Publiée le 12 janvier 2022