De l’utopie au pari réussi

Au moment du lancement de la 4ème année édition de l’appel à manifestation d’intérêt sur les filières respectueuses de la ressource en eau, Marc Hoeltzel, directeur général de l’agence de l’eau Rhin-Meuse livre son point de vue sur cette démarche innovante.

L’édition 2020 s’est clôturée avec une nouvelle belle promotion de 30 candidatures. Quel regard portez-vous sur ce dispositif initié en 2018 ?

A travers cette initiative, nous souhaitions développer une politique publique rénovée en faveur d’une transition écologique à l’appui de filières économiques innovantes, offrant de nouveaux débouchés, robustes à long terme et ciblée sur les zones à enjeux « eau ». Les critères étaient nombreux ! Cette démarche pouvait relever de l’utopie, d’autant plus que la politique de l’eau est un petit maillon de la politique plus globale agricole. Mais avec les partenaires de l’appel à manifestation d'intérêt (AMI) nous avons affuté nos armes, et avons proposé un dispositif qui fait sens dans les territoires. La première réussite a été de considérer cet outil « d’appel à manifestation d’intérêt » comme un dispositif d’incubation, de l’émergence d’une idée jusqu’à sa formalisation et pouvant faire l’objet de candidatures successives au gré de la maturation de la démarche.

Ce temps laissé au projet pour grandir, se structurer a permis, par exemple, de voir émerger une filière locale de chanvre bio avec valorisation des graines en alimentation humaine dans le Bas-Rhin, un atelier vallée de Meuse autour de la valorisation de l’herbe.

Quels sont vos autres facteurs de satisfaction ?

Le premier est d’avoir pu développer à travers cette démarche des créneaux économiques viables pour les filières extensives agricoles. Le pari pouvait sembler oser. Il n’empêche que les filières « herbe » et « agriculture biologique » constituent la part la plus importante des projets soutenus.

Autre sentiment de satisfaction est de constater la structuration de véritables filières industrielles autour de projets multi partenariaux. Je peux citer l’exemple de l’Union Laitière de Meuse qui s’est engagée résolument dans la démarche, montrant qu’en l’espèce le qualificatif d’économie verte s’applique bien, mais également la place de plus en plus importante que prennent les collectivités dans le dispositif. Partenaires clefs pour l’émergence de certaines filières locales, elles impulsent une dynamique, orientent des choix au regard de leur stratégie de territoire en matière de circuits courts, de production/valorisation de proximité, de préservation de la qualité de l’eau… et par conséquent ne veulent pas passer à côté des opportunités offertes. Nous constatons cette émulation au fil des éditions.

Le dernier point de satisfaction réside dans le fait que des investissements ont pu être générés assez rapidement après des études de faisabilité ou de marché. La filière Bio peut être citée en exemple.

Vous évoquiez la dimension « innovation », de quelle manière s’illustre-t-elle concrètement ?

Tout d’abord, on peut parler d’innovation car certains projets s’intègrent pleinement dans des logiques de territoire comme évoqué précédemment. On imagine le territoire selon une approche à 360° où tous les acteurs ont un rôle à jouer. C’est parfois plus complexe, plus contraignant mais cela amène une cohérence dans les actions et permet de trouver des solutions singulières. Par exemple sur le Rupt de Mad (54, 57), un travail est en cours pour un label blé autour d’une petite filière locale (200 ha). Ces approches territoriales qui supposent des maturations longues illustrent parfaitement la forte dynamique de la démarche.

L’innovation s’illustre également à travers la nature même des projets et les préconisations : développement de la technique de sursemis sur les prairies existantes visant à augmenter l'autonomie fourragère des exploitations en élevage, mise en place de réseau de chaleur communal à partir de la culture du miscanthus, développement d’une filière "steak haché surgelé" fermier en circuit court en lien avec la valorisation de l’herbe, développement d’une filière de semences de fleurs et graminées sauvages, mise en place d’une filière locale de valorisation d’un lait biologique produit exclusivement au foin, etc.

Innovation également dans les cultures à bas niveau d’impact (sylphie, ortie) et dans les débouchés proposés (énergie, textile, écomatériaux…).

Le panel est riche et le terrain d’investigation très ouvert.

Quelles sont les suites que vous envisagez ?

Au terme des analyses des candidatures 2020, nous ferons un point avec les partenaires. Il me semble important de poursuivre la mise en réseau des porteurs de projets. Cette interaction est indispensable pour animer cette dynamique, pour partager les expériences.

En notre qualité de financeurs, nous devons également poursuivre le dialogue avec les porteurs de projets, pour identifier les freins et les leviers et déterminer de quelle manière nous pouvons les accompagner mieux.

En d’autres termes je souhaite que nous puissions encore progresser pour rendre notre politique la plus efficace possible pour protéger la ressource en eau.

   
©AERM/Nicolas Leblanc
©AERM/Nicolas Leblanc
Développement de la filière bio en Grand Est

 Les filières « biomasse » en émergence
©AERM/Catherine Meyer
©Pixabay
Une filière « herbe » qui intéresse les collectivités

 

Soja, chanvre, sainfoin, pois chiche… déployés très localement

 

Publiée le 2 février 2021