La lutte contre la pollution des eaux
Selon son origine, la pollution des eaux superficielles et souterraines
peut être réduite de façon préventive
ou curative et selon des procédés divers schématisés
comme suit :
L'épuration biologique, les principaux procédés
C'est le procédé le plus utilisé pour restaurer
la qualité de l'eau en la débarrassant de ses principales
impuretés, pourvu qu'elles soient biodégradables et
ne contiennent pas de toxiques. L'épuration biologique consiste
à mettre la matière organique contenue dans les eaux
usées au contact d'une masse bactérienne active en
présence d'oxygène. Composée essentiellement
de bactéries et de protozoaires, celle-ci va se nourrir de
la matière organique et la dégrader. Elle reproduit
dans des réacteurs spécifiques un phénomène
qui se serait déroulé naturellement dans les rivières.
A l'issue de ce processus, les bactéries constituent les
boues qui devront être séparées
de l'eau épurée.
Suivant la technologie utilisée, ces cultures bactériennes
peuvent être libres (boues activées) ou fixées
(lits bactériens et biofiltres). On distingue :
Les boues activées
Cette technologie est employée par la quasi totalité
des agglomérations de plus de 5 000 habitants et par certaines
activités industrielles. A raison de plusieurs grammes par
litre, les micro-organismes évoluent dans une solution maintenue
en agitation et alimentée en oxygène par brassage
ou insufflation. L'eau usée est amenée en continu
et le temps de séjour dans le réacteur biologique
varie de quelques heures à quelques jours.
Le lit bactérien
Utilisé pour les eaux très chargées (agro-alimentaire,
apports viticoles...), il est constitué d'un bassin rempli
de pouzzolane, roche poreuse d'origine volcanique sur laquelle les
micro-organismes forment une pellicule appelée zooglée.
L'effluent est distribué par aspersion en surface et l'oxygénation
est apportée par ventilation naturelle de bas en haut.
La biofiltration
Cette technique est surtout utilisée pour le traitement
des eaux urbaines lorsque se pose un problème d'encombrement.
Elle utilise comme support un matériau granulaire qui assure
d'une part, la rétention des matières en suspension
par filtration et d'autre part, la fixation d'une biomasse épuratoire.
L'air est insufflé par le bas ; l'eau peut être introduite
par courant ascendant ou descendant suivant la technique utilisée.
Les micro-organismes adhèrent à chaque grain sous
la forme d'un film biologique épurateur.
Les techniques membranaires (ou microfiltration)
Elles ne sont actuellement utilisées que pour l'épuration
des eaux industrielles (papeterie, mécanique, agro-alimentaire).
Constituées de fibres creuses assemblées en éléments
généralement cylindriques, les membranes permettent
de retenir des éléments de très faible taille.
Ces techniques présentent deux avantages : compacité
et production moindre de boues.
La méthanisation
C'est un processus biologique anaérobie (sans air) conduisant
à la production de gaz carbonique et de méthane (combustible).
Il est utilisé essentiellement dans l'industrie agro-alimentaire.
L'eau à traiter traverse un réacteur fermé
relié à un stockage de gaz.
Le lagunage
Le lagunage naturel est un procédé d'épuration
extensif, consistant à faire séjourner les eaux usées
dans plusieurs bassins successifs, de grande taille, peu profonds
(moins de 1,50 m) et étanches (trois en général,
dont le dernier est planté de végétaux).
L'élimination de la pollution organique et, pour partie,
des germes infectieux est obtenue par des organismes vivants ; l'oxygénation
provient directement des échanges d'air et de la photosynthèse
(l'énergie étant fournie par le rayonnement solaire).
Le lagunage peut aussi être utilisé en finition
en aval d'une station d'épuration, essentiellement pour obtenir
un abattement des germes infectieux (dans une zone de baignade par
exemple).
L'épuration physico-chimique
Lorsqu'un effluent contient des toxiques, il ne doit pas être
introduit dans un traitement biologique car il en détruirait
les micro-organismes. La plupart des effluents rejetés par
l'industrie chimique et l'industrie des métaux contiennent
des toxiques et font l'objet d'un traitement particulier. Les réactifs
utilisés sont adaptés à la nature de chaque
substance toxique à neutraliser.
Par l'ajout de réactifs coagulants et de polyélectrolytes,
on provoque une action ionique qui favorise la floculation. Les
précipités sont recueillis par décantation
sous forme de boues. Cette technologie est utilisée pour
l'élimination du phosphore (combinée éventuellement
avec l'épuration biologique).
Description d'une station d'épuration urbaine : les
étapes
Un relevage est généralement effectué. Il
est constitué d'une pompe ou d'une vis sans fin : il remonte
les eaux usées de plusieurs mètres pour permettre
un écoulement gravitaire d'un bout à l'autre du traitement.
Les étapes de l'épuration sont les suivantes :
- le prétraitement,
- le traitement primaire éventuel,
- le traitement biologique secondaire,
exceptionnellement un traitement tertiaire (traitement du phosphore),
- le traitement des boues.
Les prétraitements et le traitement primaire
Le dégrillage retient, par des grilles placées en
travers du canal d'amenée, les déchets de bois, papiers,
plastique, chiffon... afin de protéger les matériels
de la station contre les obstructions. Le dessablage sépare
la terre et le sable susceptibles d'endommager les pompes. Le déshuilage
(généralement combiné avec le dessablage) favorise,
par injection de fines bulles d'air, la flottation des huiles et
des graisses qui sont séparées par raclage de surface.
La décantation primaire (éventuelle)
La décantation primaire recueille, par pompage de fond,
les matières qui se sont déposées par simple
décantation sous forme de boues dites boues primaires.
Le traitement biologique secondaire
Il comprend un bassin à boues activées (dans lequel
se développent des bactéries constituant les boues)
et un clarificateur servant à séparer les boues de l'eau
épurée. Le bassin à boues activées comprend
plusieurs zones :
- une zone aérée dans laquelle croissent des bactéries
aérobies assimilant la pollution organique carbonée
; les composés azotés y sont transformés
en nitrates (c'est la nitrification),
- une zone non aérée (ou anoxique) dans laquelle
les bactéries transforment les nitrates en azote gazeux
(c'est la dénitrification).
Le traitement du phosphore
La plupart des stations éliminent en même temps le
phosphore des eaux usées ; cette élimination se fait
soit par précipitation seule (traitement physico-chimique)
soit en combinaison avec une élimination biologique. Ce traitement
conduit à une production de boues supplémentaire.
Le clarificateur est un bassin dans lequel se fait la séparation
des boues qui se déposent au fond, tandis que l'eau épurée
s'écoule en surface par débordement. Une partie des
boues est recyclée vers le bassin à boues activées
(c'est la recirculation) alors que l'autre est évacuée
pour un traitement spécifique.
Le traitement des boues et leur devenir
Les boues extraites des décanteurs ont une teneur en eau
voisine de 99% qu'on exprime également en siccité
(1%). En fonction de leur destination, elles font l'objet d'un traitement
et d'un conditionnement ayant comme objectif de réduire leur
volume (en éliminant l'eau) et le cas échéant
de les stabiliser. Le traitement retenu dépend de la nature
des boues et surtout de leur destination finale, qui peut être
:
- l'épandage agricole sous forme liquide, pâteuse,
ou à l'état de compost,
- la mise en décharge (cette solution doit être
progressivement abandonnée),
- l'incinération dans un four spécifique ou avec
les ordures ménagères (appelée co-incinération).
Le traitement comprend une ou plusieurs étapes :
- l'épaississement, grâce auquel la siccité
atteint 3 à 5% ; il est obtenu soit dans un silo (appelé
épaississeur) soit par passage sur une grille d'égouttage.
- la stabilisation, nécessaire surtout pour les boues
issues d'une décantation primaire. Elle est obtenue soit
par une fermentation produisant du méthane (appelée
digestion anaérobie), soit par mélange avec des
matières carbonées (sciure, écorces, paille),
c'est le compostage.
- la déshydratation permettant d'atteindre une siccité
de 20 à 30%. On recourt à un procédé
mécanique généralement combiné à
l'injection de réactif (chaux lorsque les boues sont
destinées à l'agriculture, réactifs polymères).
Les procédés mécaniques habituels sont
la centrifugation (provoquant un essorage) et le passage dans
un filtre à bande ou un filtre-presse.
- le séchage (siccité de 60 à 90%) nécessitant
un apport énergétique onéreux.
Les techniques utilisées sont également liées
à la taille des stations : ainsi, en milieu rural offrant
des facilités d'épandage, on pourra se contenter d'un
simple épaississement, alors que les unités de grande
taille doivent souvent recourir à une déshydratation,
voire un séchage, en vue de l'incinération.
Traitements tertiaires
Lorsque le lieu de rejet est fragile (infiltration
rapide dans le sous-sol) des traitements complémentaires
situés en aval d'un autre traitement peuvent
être nécessaires. Il s'agira notamment :
- de traitement physico-chimique permettant une réduction
des matières en suspension,
- d'épandage souterrain (en aval de lagunes par exemple),
- de désinfection par ultra-violets (ce qui suppose une
bonne transparence de l'eau traitée). Ces deux dernières
techniques permettent un abattement notable des germes infectieux
(réduction d'un facteur 100 à 1000).
Au vu des résultats de fonctionnement des ouvrages récents,
les traitements tertiaires ne semblent pas nécessaires
à une élimination, même poussée (moins
de 1 mg/l), du phosphore.
L'épuration du sol par les plantes
Ces techniques utilisées pour l'assainissement individuel le
sont aussi pour des collectivités en milieu rural. On peut
distinguer :
- les systèmes d'épandage souterrain par drains,
dans ce cas l'épuration est assurée par les bactéries
fixées sur le sol support. L'eau épurée
est généralement collectée à la
base (imperméable) du dispositif.
- Les systèmes d'épandage sur sol plantés
(encore appelés rhizosphères). La pollution est
ici consommée par les végétaux
(historiquement jacinthes d'eau, actuellement roseaux). Ce dispositif
est dépendant du cycle végétatif et son
efficacité globale reste à vérifier.
Le devenir des autres déchets
Les déchets retenus au dégrillage et au dessablage
sont évacués en décharge avec les ordures ménagères.
C'est aussi fréquemment la destination des graisses mais
des unités de traitement commencent à se développer
sur les ouvrages de grande taille permettant d'envisager un recyclage
prochain.
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