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mis à jour le 02-Mai-2012

La biodiversité aquatique en Rhin-Meuse

SERGE MULLER
 « Nous avons collectivement une responsabilité
pour préserver la biodiversité »

L’organisation des nations unies a proclamé 2010, année internationale de la biodiversité pour alerter l’opinion publique sur l’état et les conséquences du déclin de la biodiversité dans le monde.
Rencontre avec Serge Muller, président du conseil scientifique du comité de bassin Rhin-Meuse pour mieux comprendre ce qu’est la biodiversité.

Rhin-Meuse infos : Pouvez-vous nous donner votre définition de la biodiversité ?
Serge Muller : La biodiversité, c’est toute la variété des formes de vie sur notre planète et les interactions entre elles. La biodiversité, c’est donc une diversité d’écosystèmes, d’espèces, de gènes, de milieux vivants aussi bien terrestres que marins. La biodiversité s’oppose à l’uniformité.
A l’échelle de la planète, nous n’avons encore qu’une connaissance très partielle de la biodiversité.

Rhin-Meuse infos : Comment décrire la biodiversité aquatique au niveau du bassin Rhin-Meuse ?
Serge Muller : Le bassin Rhin-Meuse compte de nombreux hydrosystèmes de grande qualité : une variété importante de cours d’eau, des rivières phréatiques, des rivières divagantes, des zones humides, des forêts et prairies inondables, des tourbières, des marais alcalins et salés… Face à cette richesse, nous avons collectivement une responsabilité pour préserver cette biodiversité exceptionnelle ou ordinaire. Car l’homme fait partie de cet ensemble. Il en est dépendant.

« La biodiversité sait s’adapter face aux changements »

Rhin-Meuse infos : Quelle place joue la biodiversité face à l’enjeu de la qualité de l’eau ?
Serge Muller : De manière générale, préserver la biodiversité, c’est offrir une meilleure résistance à toutes les perturbations que nous pouvons connaître (évènements climatiques extrêmes, sécheresse, inondation…). Les dégradations causées par l’homme laissent le champ libre à des déséquilibres. Prenons l’exemple des espèces végétales exotiques introduites par l’homme, les élodées du Canada, jussies et autres fougères flottantes d’Amérique du Sud colonisent cours d’eau, étangs. Elles étouffent les espèces autochtones pour ne former qu’un peuplement monospécifique, et peuvent, ainsi provoquer des mortalités de poissons.
A l’opposé, la biodiversité a cette force de pouvoir s’adapter face aux changements, de permettre un équilibre des différents écosystèmes et d’en assurer une meilleure fonctionnalité. Sachons en profiter !

Rhin-Meuse infos : Pouvez-vous illustrer vos propos sur les bénéfices d’une biodiversité conservée ?
Serge Muller : Les zones humides, grâce à leur capacité d’autoépuration, améliorent la qualité des eaux. Elles sont également le refuge d’espèces animales ou végétales qui ont aussi un rôle à jouer dans un cycle naturel (chaîne alimentaire….). Autre exemple, celui de la Moselle sauvage : conserver ses espaces de divagation permet de recharger la nappe phréatique, de mieux gérer les inondations. En matière de qualité et d’alimentation en eau, il y a un véritable enjeu pour l’homme à savoir préserver cette biodiversité.

« Ne pas raisonner à court terme »

Rhin-Meuse infos : Quelles sont les menaces qui pèsent sur la biodiversité ?
Serge Muller : L’urbanisation, l’artificialisation de l’espace, l’agriculture intensive peuvent être cités. En Lorraine, ce sont les prairies qui sont les plus menacées car mises en culture. D’une manière générale, c’est la rentabilité qui prime. Pourtant il est nécessaire et possible de concilier activités humaines et biodiversité, mais pour cela la vision ne doit pas être une vision à court terme.

Rhin-Meuse infos : Que prévoit le schéma directeur d’aménagement et de gestion des eaux adopté en décembre dernier pour préserver cette biodiversité ?
Serge Muller : Ce document de planification est en faveur du maintien de la biodiversité. En effet, la qualité de l’eau est dépendante de tout ce qui se passe sur le bassin versant qu’il s’agisse des activités humaines ou du fonctionnement des hydrosystèmes. La conservation des zones humides, des cours d’eau, de leur fonctionnement naturel concourt parfaitement à l’atteinte de l’objectif de bon état des eaux.

Serge MULLER
Lorrain de souche, né à Sarreguemines, Serge Muller est d’abord un homme de terrain. Après son diplôme d’ingénieur, préparé à l’Institut national agronomique de Paris-Grignon, il prépare sa thèse de doctorat à Paris, puis travaille pendant trois ans au parc naturel des Vosges du Nord, après quoi il enseigne pendant dix ans à l’institut national agronomique à Paris et intègre ensuite l’université Paul Verlaine - Metz comme Professeur en 1990.
Triplement récompensé par l’Académie nationale de Metz, l’Académie lorraine des sciences et la Société centrale d’horticulture de Nancy pour son ouvrage sur la flore protégée de Lorraine, Serge Muller semble doté du don d’ubiquité : non content d’étudier la flore des prés salés, des hautes-chaumes, des tourbières et des plaines alluviales de Lorraine, il mène aussi des recherches à l’île de la Réunion et à Saint-Pierre-et-Miquelon. Il consacre également plusieurs jours par semaine à siéger aux conseils scientifiques de nombreux organismes de protection de la nature, tant au niveau régional en Lorraine et Alsace que national, en particulier dans le cadre du Conseil National de la Protection de la Nature dont il préside la commission flore.

 
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