Engagement pour la qualité de la nappe d’Alsace

Un nouveau partenariat a été scellé, lundi 17 juin, pour accélérer la protection des eaux souterraines et la préservation de l’usage “eau potable” de la nappe d’Alsace et des aquifères du Sundgau. L’agence de l’eau Rhin-Meuse compte parmi les signataires aux côtés de l’Etat, la Région Grand Est, la chambre d’agriculture et la commission locale de l’eau du SAGE (schéma d’aménagement et de gestion des eaux) Ill Nappe Rhin.

Guy Dietrich, directeur général adjoint à l’agence de l’eau Rhin-Meuse décrypte les enjeux de ce partenariat.


Le développement de cultures à bas niveau d’impact offrant la garantie de non dégradation des ressources en eau,
en particulier sur les zones de captage, est un des enjeux de ce nouveau partenariat.
Crédit photo N. Leblanc/AERM

 

L'agence de l'eau a été moteur dans l’élaboration de ce partenariat. Quels en sont pour vous les principaux enjeux ?

Guy Dietrich : L’agence de l’eau Rhin-Meuse a en effet réussi à convaincre, dès la présentation en novembre 2017 de l’étude transfrontalière sur la nappe d’Alsace (dite  « Ermès »), l’Etat, la profession agricole et la Région Grand Est de sonner la mobilisation générale. L’enjeu est clairement de préserver la capacité de la nappe phréatique d’Alsace à subvenir aux besoins en eau potable de 1,5 million d’Alsaciens. Pour cela, il faut à tout prix réussir à réduire significativement les concentrations de produits phytosanitaires (principalement les herbicides) dans la nappe d’Alsace, avec une attention aigüe sur une sélection de captages d’eau potable qui affichent des teneurs particulièrement élevées. Compte tenu de cet état des lieux, l’idée est de s’inscrire dans une rupture en passant à de nouvelles stratégies et de nouvelles actions agricoles.
Après 20 ans d’ajustement et de travail sur « la bonne dose au bon moment », il est maintenant impératif de s’orienter vers des changements de systèmes agricoles en privilégiant « la bonne culture au bon endroit » notamment en soutenant le développement de cultures à bas niveau d’impact (BNI) qui offrent la garantie de non dégradation des ressources en eau. Ces principes correspondent aux priorités du 11ème programme de l’agence de l’eau Rhin-Meuse.

La lutte contre les pollutions de toute nature de la nappe d’Alsace est identifiée comme un des 8 défis territoriaux à relever dans le cadre du 11ème programme d’intervention de l’établissement. En quoi ce partenariat apporte une réponse concrète ? D’autres actions seront-elles déployées en complément ?

Guy Dietrich : La convention de partenariat a été négociée avec toutes les parties, notamment au sein de la profession agricole. Les organismes qui commercialisent les produits phytosanitaires ont aussi été associés et se sont engagés non seulement sur des objectifs de moyens, mais également sur des objectifs de résultats. Au service de ces objectifs, une palette d’outils concrets se met en place : aides financières à des techniques alternatives aux épandages de produits, comme le désherbage mécanique, le binage, les cultures à bas niveau d’impact, les actions foncières, le développement de leviers agronomiques et enfin les conseils techniques indépendants pour tendre vers de moindres doses, des animations locales pour sensibiliser les exploitants. Ces actions sont complétées par la mise en œuvre de projets « Filières » sur les ressources en eau prioritaires  et soutenus dans le cadre de l’appel à manifestation dédié, engagé avec la Région Grand Est. En 2018, beaucoup des dossiers ont concerné la plaine d’Alsace.

Au final, cette boite à outils, définie très précisément dans le cadre de cette convention,  très large et alimentée par des moyens significatifs, devrait permettre d’apporter les réponses adéquates à ce défi territorial. 

Des contrats de solutions vont être établis ? De quoi s’agit-il et de quelle manière l’agence de l’eau va les soutenir ?

Guy Dietrich : C’est une proposition de la profession agricole que l’agence de l’eau, l’Etat et la Région ont accepté de retenir. Il s’agit -car la plaine d’Alsace est composée de nombreux terroirs différents avec des problématiques agricoles et environnementales spécifiques- de faire du « sur mesure ». En ciblant prioritairement les aires d’alimentation des captages les plus impactés par les pollutions, les partenaires mettront en place une animation et une concertation locales rassemblant l’ensemble des parties prenantes, autour de la collectivité locale chargée de la distribution de l’eau potable, pour trouver des solutions culturales, foncières et techniques les plus adaptées.

Le principe est simple : pas de solutions toutes faites imposées d’en haut, mais des solutions adaptées et négociées localement ! Dans ce cadre, l’agence de l’eau fournira un effort tout particulier, en apportant des concours financiers à l’ensemble des dépenses liées à des mesures foncières, à la communication, à la conversion à l’agriculture biologique, à l’achat d’équipements par les agriculteurs. Par ailleurs, l’agence de l’eau soutiendra le dispositif des « paiements pour services environnementaux », dès que la Commission européenne aura donné son feu vert aux modalités proposées par les Ministères de l’environnement et de l’agriculture.

Des objectifs de résultats ont été fixés. De quelle manière le collectif va impulser la dynamique et suivre ces résultats ?

Guy Dietrich : Les objectifs de résultats se veulent ambitieux : - 25% d’épandage de pesticides sur l’ensemble de la nappe d’ici 2020, - 50% d’ici 2025. - 40%, voire - 50%, d’épandage d’herbicides sur les 19 captages prioritaires d’ici 2022. La dynamique a été lancée dès la saison agricole 2018-2019. Elle va s’intensifier progressivement. Une gouvernance du programme a été définie : la Région Grand Est y joue un rôle central, et bien sûr la Commission locale de l’eau du SAGE Ill Nappe Rhin. La réalisation des objectifs sera suivie en continu : les données de l’Aprona, celles du réseau de surveillance de l’agence de l’eau, les données des ventes de produits phytosanitaires et le type de cultures développées seront croisées pour évaluer la matérialisation des engagements. C’est un pari collectif : un échec ne manquerait pas d’ouvrir la porte à des mesures plus coercitives. Nous faisons le pari que, même si l’éventualité d’un échec et de l’intervention de mesures réglementaires sont consignés dans la convention de partenariat, l’approche volontariste et négociée trouvera sa voie.

Le contexte

A l’appui des résultats du dernier inventaire de la qualité de la nappe d’Alsace et des aquifères du Sundgau publiés à l’automne 2017, les partenaires partie-prenante (Etat, Région Grand Est, Agence de l’eau, Chambre d’agriculture d’Alsace, SAGE ill Nappe Rhin) ont initié une nouvelle dynamique pour accélérer la protection des eaux souterraines et la préservation de l’usage “eau potable”.  Ainsi, une convention de partenariat scelle leurs engagements réciproques. Fruit d’une large adhésion, elle est également ralliée par les collectivités gestionnaires de captages d’eau potable, les coopératives et négoces agricoles et diverses structures associées (fédération des agriculteurs biologiques, fédération des Cuma, Aprona...).

Lire la convention de partenariat pour la mise en place de contrats de solutions territoriaux en faveur de la qualité de la nappe d’Alsace et des aquifères du Sundgau.