Les données sur l'eau et les milieux aquatiques

Depuis plus de quarante ans, la qualité de l’eau des cours d’eau est surveillée. Toutefois, l’évolution des enjeux, de la connaissance et des réglementations a entraîné de profondes modifications dans la mise en oeuvre des systèmes d’évaluation. Une intensification de la surveillance et des exigences en la matière rendent les comparaisons “directes” entre périodes plus difficiles. Ce “changement de thermomètre” masque la réalité des progrès réalisés. Ainsi, sans remettre en cause le besoin d’une évolution des modes d’évaluation, il apparaît pertinent de représenter la façon dont peut être appréciée la qualité des cours d’eau sur la base des données de terrain 2010 en interprétant ces mêmes données avec les 3 “grilles” d’évaluation utilisées successivement dans les années 1970-1990, 1995-2005, et enfin depuis 2006.

Des résultats encourageants

1971, premières mesures de la qualité des rivières. 4 paramètres (demande biochimique en oxygène, demande chimique en oxygène, ammonium et oxygène) étaient évalués jusqu’en 1995. Représentatifs des enjeux de l’époque, ces indicateurs de base de la qualité de l’eau des cours d’eau ne mesuraient que la pollution organique. L’état des eaux naturelles de l’époque (1971) indiquait que 13% des stations de surveillance du bassin Rhin-Meuse se révélaient être de bonne, voire d’excellente qualité.

25 années après, sur la base de la mesure des mêmes paramètres, dans des conditions analogues, l’état des eaux avait considérablement progressé pour atteindre presque la moitié des eaux en bonne qualité (47%). Ce progrès est le reflet des efforts de dépollution des eaux résiduaires urbaines.

1995, changement d’indicateurs. La nouvelle grille d’évaluation de la qualité de l’eau (SEQ’Eau) évalue 16 paramètres, soit quatre fois plus. Phosphore et nitrates, entre autres, sont recherchés afin de répondre aux enjeux de connaissance des effets des pressions industrielles et agricoles sur les milieux aquatiques.

2000, l’application de la directive cadre sur l’eau dans les États membres donne des nouveaux objectifs de bon état des cours d’eau qui intègrent désormais des éléments comme la biologie, certains micropolluants, l’hydromorphologie et encadre l’analyse de plus d’une centaine de paramètres. Les exigences sont élevées : ainsi, si un paramètre dépasse le seuil de bon état, la portion entière du cours d'eau concerné est considérée en mauvais état. Cela entraîne un état des lieux de la qualité des eaux naturelles plus sévère avec 20% seulement de masses d’eau en bon état fin 2013. De nouveaux indicateurs biologiques assureront un meilleur suivi de l’efficacité des programmes d’actions. Ils seront prochainement déployés dans le cadre des futurs plans de gestion des eaux du bassin actuellement en cours de révision.


2 exemples d’évolution de la qualité des cours d’eau

Le Rhin


Le fleuve Rhin a fait une spectaculaire remontée de sa qualité en 40 ans d’actions. / Azote ammoniacal dans le Rhin à Coblence depuis 1954 - source CIPR 2014

La pollution du Rhin atteint son apogée en 1973 puis se réduit d’une façon tout aussi spectaculaire. Il transitait chaque jour, dans les années 1970, la pollution équivalente rejetée de 60 fois le parc des stations d’épuration du bassin Rhin-Meuse : 160 tonnes d’azote par jour ! 40 années d'action de protection et de dépollution ont permis la reconquête du fleuve au grand plaisir de ses habitants riverains.

La Moselle

La concentration en azote ammoniacal (percentile 90) dans la Moselle à Sierck (57) a été divisée par 30 au cours de cette période (1964-2013) - Source AERM 2014

En 1971, un bilan des eaux du bassin Rhin-Meuse dresse un tableau accablant de la situation des milieux aquatiques lorrains et alsaciens : « la pollution organique a atteint un degré inadmissible pour la plupart des cours d’eau du bassin (…)». La pollution de la Moselle était au niveau des cours d’eau aujourd’hui considérés comme les plus pollués. Depuis 15 ans, elle respecte à nouveau le seuil du « bon état ».