Les futurs enjeux de la gestion des eaux du Rhin au cœur des débats

Pour "préserver la fonction vitale" du fleuve, les ministres du Rhin joignent leurs efforts pour lutter contre les micropolluants, améliorer la migration du saumon et élaborer une stratégie d'adaptation aux changements climatiques.

Les ministres des Etats du bassin du Rhin et le représentant de l'Union Européenne se sont retrouvés à Bâle le 28 octobre 2013, à l'invitation de Madame Doris Leuthard, Conseillère fédérale suisse, dans le cadre de leur 15ème Conférence ministérielle sur le Rhin. L'objectif était de dresser le bilan des actions des dernières années en matière de gestion des eaux du fleuve et s'accorder sur celles où s'engager désormais en priorité, notamment au regard des diverses préoccupations liées à la problématique des changements climatiques.
La Suisse, la France, l’Allemagne, les Pays-Bas, le Luxembourg et la Commission Européenne coopèrent ensemble depuis plus de 50 ans dans le cadre d’une convention internationale au sein de la Commission Internationale pour la Protection du Rhin (CIPR). Ce cercle de coopération a été étendu ces dernières années à l'ensemble des Etats riverains avec l'association de l’Autriche, du Liechtenstein et de la Wallonie, notamment pour assurer une coordination optimale des travaux à mener dans le cadre de la mise en œuvre des obligations européennes fixées par les directives cadre sur l'eau et sur la gestion des risques d’inondation depuis le début des années 2000.

Si la qualité de l’eau et l’état écologique du fleuve se sont nettement améliorés au cours des dernières décennies, « beaucoup reste à faire pour atteindre de façon généralisée l’objectif du bon état des eaux du Rhin », soulignent dans leur déclaration commune les ministres des États du bassin rhénan et le représentant de l’Union Européenne.

Les ministères ont fixé leurs priorités

Il faut réduire les micropolluants – les médicaments, insecticides, hormones et substances odoriférantes – nombre d'entre eux n'étant que partiellement voire pas du tout retirés des eaux usées par le biais des actuelles stations d’épuration dites "conventionnelles". C'est ce qu'ils retiennent des récents travaux menés en commun en CIPR et qui ont permis d'identifier les mesures jugées les plus efficaces pour prévenir et réduire ces apports issus des réseaux d'eaux usées urbaines et industrielles. Cette problématique ne se limite cependant pas au Rhin, et les ministres reconnaissent collégialement que des initiatives correspondantes sont également à prendre à l'échelle européenne. 
Sujet emblématique du Rhin depuis la pollution catastrophique due à l'usine Sandoz en 1986, la Conférence a mis l'accent sur la préservation et l'accroissement de la biodiversité dans le fleuve, notamment pour optimiser la migration du saumon. L’objectif est de permettre à ce poisson de remonter dans le Vieux-Rhin et jusqu’à Bâle d’ici 2020. Déjà, 480 ouvrages dans le Rhin, la Moselle et d’autres affluents sont à nouveau franchissables dans les rivières prioritaires pour le saumon et la truite de mer. Aux Pays-Bas, des travaux sont programmés au droit de l'ouvrage du Haringvliet, véritable porte d'entrée du Rhin depuis la mer pour ces poissons migrateurs. Cette ouverture, prévue pour 2018, sera indispensable pour faciliter leur montaison. Laurent Roy, directeur de l'eau et de la biodiversité du Ministère en charge du développement durable, a rappelé à cette occasion les ambitions de la France en matière d'aménagements, arguant de la tenue de ses engagements : une passe à poisson supplémentaire sera opérationnelle en 2015 sur le barrage de Strasbourg, une autre sera construite à Gerstheim. La difficulté substantielle du passage du saumon au droit du barrage de Vogelgrün représente certes un vrai défi technique mais qui devrait être contourné, à court terme, par la mise en œuvre d'une solution innovante, dénommée "passe-mobile", et basée sur le principe de capture et transfert par la voie d'eau du saumon pour assurer le passage du saumon entre Gerstheim et le Vieux-Rhin en direction de Bâle.
A compter de l'année prochaine, les ministres des Etats du Rhin entendent mettre au point une « stratégie d’adaptation » aux changements climatiques. Des répercussions associées au changement climatique tendant déjà à se faire ressentir, des activités supplémentaires en matière de gestion des risques d’inondation seront, de l'avis des ministres, à engager à tous les niveaux - communal, régional, national et international.
Les crues extrêmes qui ont touché les bassins de l'Elbe et du Danube en juin 2013 ont rappelé à la population rhénane que la problématique des inondations était plus actuelle que jamais. Le bilan de la CIPR sur les activités de mise en œuvre de son Plan d'Action contre les Inondations montre qu'un volume maximal de rétention de 229 millions de m³ peut être mobilisé depuis 2010 sur le Rhin en aval de Bâle pour écrêter les crues. Pour mieux protéger les personnes et abaisser les dommages matériels, les Etats riverains ont ainsi investis quelque 10 milliards d'euros depuis 1998 dans la prévention des crues, la protection contre les inondations et dans les actions de sensibilisation de la population.
Il en va de même pour les phases d'étiage (débit des cours d'eaux très faibles) qui pourraient s'avérer plus fréquentes à l'avenir, et dont on craint un impact sur l'écologie fluviale, la navigation et l'utilisation d'eaux de refroidissement, particulièrement durant les périodes où les températures de l’air et de l’eau s'avéreront très élevées. Cet aspect sera investigué par les partenaires riverains.

Cette manifestation de Bâle a été l'occasion pour les Etats présents de démontrer tout l'intérêt de la coopération transfrontalière au sein d'un grand district hydrographique international comme le Rhin pour garantir la gestion durable de cette ressource précieuse que sont les eaux partagées de ce bassin qui alimentent quelque 20 millions d'habitants en eau potable. Cette coopération a d'ailleurs été récompensée le 12 septembre dernier à Vienne par le 1er prix européen de l'European Riverprize décerné par l’International RiverFoundation à la CIPR.

Crédit photo : Johannes Abeling